Mediterranean Garden Society
Société des jardins méditerranéens

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Les espèces exotiques envahissantes : vers une meilleure gestion

par Danièle Domeyne

Diffusé dans la lettre d'actualité de Tela Botanica, du 28 mai 2014.

Le colloque consacré aux espèces exotiques envahissantes qui s’est tenu à Montpellier du 19 au 23 mai a rassemblé plus de 150 participants provenant des cinq continents. Trente trois pays étaient représentés. Les différentes interventions laissent entrevoir des avancées dans la gestion de ces espèces qui sont la cause de réels problèmes dans la gestion des milieux naturels, pour l’agriculture et pour la santé.

Un peu d’histoire : 
La migration des espèces végétales n’est pas un phénomène nouveau. Les espèces se sont toujours déplacées pour coloniser de nouveaux milieux par extension naturelle : déplacement des graines par le vent, dans la toison des animaux, par les oiseaux, par flottaison, etc.

Puis avec l’invention et l’extension de l’agriculture, l’homme a déplacé de nombreuses espèces pour ses propres besoins et a cherché à adapter partout où il vivait les plantes dont il pouvait se nourrir. C’est ainsi que la plupart des fruits et des légumes que nous consommons ne sont pas originaires de nos contrées. Dans ces migrations humaines de nombreuses plantes non souhaitées ont suivi, par exemple les messicoles.

Ce phénomène a pris un aspect particulier avec l’arrivée des européens sur le continent américain. En effet, entre ces deux continents séparés depuis longtemps les espèces ont évolué chacune de leur côté, contrairement à l’Eurasie où les échanges génétiques ont toujours été possibles. 
Importées de façon volontaire parce que présentant un intérêt alimentaire (pomme de terre, tomate ) la plupart des espèces exotiques ne présentent pas de caractère invasif. D’autres arrivent cachées avec d’autres denrées : semences, laine, coton, etc. et trouvent dans un nouveau milieu des opportunités de développement inattendues. Particulièrement agressives dans les milieux insulaires ou dégradés, les invasives se développent selon certains itinéraires privilégiés : les cours d’eau, berges, ripisylve, les routes, les voies ferrées, dans les terrassements avec déplacement de terre, les chaussures des naturalistes ( !)...

Dotées de capacité de développement extrêmement élevée, ces espèces arrivent dans ce nouveau milieu, sans les prédateurs qui limitent leur développement dans leur pays d’origine.

Et maintenant ?
Aujourd’hui les échanges internationaux se multiplient et la principale source d’introduction volontaire des exotiques est l’horticulture. Plus question de se contenter de la marguerite ou du glaïeul. Le jardin de curé ne fait plus recette ! Nos ronds-points nécessitent des plantations originales, et de plus, écologie oblige, des plantes résistantes à la sécheresse, qui dès qu’elles trouvent une opportunité sautent le goudron et se retrouvent dans le terrain vague de l’autre côté de la route.

La colonisation importante de certains milieux naturels par ces nouvelles espèces pose des problèmes au niveau du maintien de la biodiversité, du à leur concurrence avec des espèces endémiques. L’espace naturel peut être dégradé également en regard des usages humains qui en est fait, en particulier pour les rivières, les lacs et leurs berges. De même l’agriculture est touchée avec des baisses de rendement.

Que faire ?
Chacun s’accorde à dire que la meilleure méthode de lutte est la prévention : établissement de listes d’espèces potentiellement dangereuses d’après leur comportement et leur statut d’invasives déclarées dans certains pays, réglementation et contrôle au niveau des échanges internationaux, sensibilisation du public. Le règlement européen en cours d’adoption permettra certainement des avancées dans ce sens.

Cependant après leur introduction, il est souvent nécessaire d’engager des moyens afin de contrôler leur extension.

L’arrachage des plantes est beaucoup utilisé dans les milieux naturels en France. Manuel ou mécanique, il doit être répété chaque année, nécessite une main d’œuvre importante, parfois bénévole, il est financièrement très coûteux. L’éradication n’est possible que sur des colonies de faible importance. Certains milieux ne sont pas accessibles aux machines.

L’action sur l’environnement : Elle vise a créer des conditions favorisant l’implantation ou le maintien d’espèces indigènes. C’est une méthode à long terme, qui nécessite de bien connaître les exigences des plantes, elle n’est possible que lorsque l’on peut maîtriser certaines conditions du milieux : par exemple dans les zone très dégradées, ou si l’on peut contrôler la gestion de l’eau.

La lutte biologique : Elle consiste à identifier les prédateurs ou les maladies dans le milieu d’origine et à les introduire dans le milieu infesté. Cette méthode nécessite d’étudier longuement la biologie des prédateurs, afin de pouvoir les multiplier, de s’assurer de leur mono spécificité et de leur efficacité à réduire les populations ciblées.

La lutte biologique est développée depuis de nombreuses années, en Australie notamment, pays de « référence » pour les attaques d’invasives. Sur plusieurs espèces elle a donné de très bons résultats. C’est le cas, en particulier, des invasives Echium plantagineum (vipérine faux-plantain) et Carduus nutans (chardon penché) dont les populations sont efficacement contrôlées par une combinaison de plusieurs insectes (1).

Un exemple plus connu par le grand public, l’introduction des coccinelles pour lutter contre les pucerons, montre par contre les limites de cette méthode si elle n’est pas parfaitement maîtrisée. En effet, la coccinelle introduite (Harmonia axyridis) est originaire de Chine. Elle est très vorace donc très efficace, mais son appétit la conduit à consommer beaucoup plus que les pucerons visés en particulier les coccinelles européennes dont les populations diminuent. Elle est toujours en vente dans les jardineries, malgré les avertissement des scientifiques.

Enfin il arrive de bonnes surprises dans la lutte conte les invasives, l’apparition « spontanée » de prédateurs. Ainsi, en Espagne trois parasites sont arrivés de façon très opportune sur trois espèces invasives dont les populations ont rapidement régressé. Dactylopus opuntia sur Opuntia maxima, Scyphophorus acupunctatus sur Agave americana et Stenopelmus rufinasus sur Azolla filiculoides.

On se prend à rêver de la même chose pour lutter dans nos régions contre l’Ambroisie dont le pollen est gravement allergisant ! Un insecte Ophraella communa est dès à présent utilisé en Chine pour lutter contre ce fléau. Accidentellement introduit en Europe il pourrait réduire les populations d’Ambroisie. Cependant les études « bénéfices-risques » restent à réaliser, en particulier pour évaluer le risque d’infestation du tournesol cultivé.

Certains philosophes et sociologues se demandent s’il est nécessaire, voir éthique, de lutter contre les invasives, considérant qu’il s’agit d’une forme de xénophobie. Cependant, loin d ’être une volonté de contrôler les écosystèmes pour revenir à un mythique état originel, les recherches menées tendent modestement à corriger les déséquilibres les plus flagrants générés par les activités humaines.

(1) Contre Carduus nutans : Rhinocyllus conicus (Curculionidae), Urophora solstitialis, (Tephritidae), Trichosirocalus horridus (Curculionidae)

Contre Echium plantagineum : Mogulones larvatus (Curculionidae) Mogulones geographicus (Curculionidae), Longitarsus echii (Chrysomelidae), Meligethes planiusculus (Nitidulidae)


Ambrosia


Carduus nutans


Echium plantagineum

Ces études ont été menées en France par l’antenne montpelliéraine du CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation, Australie).


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